
27/08/2002
Paul Martin seul en tête
Joël-Denis Bellavance
La
Presse
Ottawa
Même si la course à la succession de Jean Chrétien vient
à peine de commencer et qu'elle durera près de 18 mois, les Canadiens ont déjà
conclu que Paul Martin sera le prochain chef du Parti libéral et deviendra du
coup le prochain premier ministre.
Un sondage réalisé par la firme Ekos
dans les jours qui ont suivi l'annonce de M. Chrétien de quitter la vie
politique en février 2004 démontre que l'ex-ministre des Finances a plus que
jamais la cote auprès des électeurs canadiens.
En effet, 56% des
Canadiens croient que M. Martin «est le plus susceptible d'être le chef du Parti
libéral du Canada et le premier ministre» avant les prochaines élections, selon
ce sondage mené du 22 au 25 août pour le compte de La Presse, The
Toronto Star et Radio-Canada. En outre, 63% des personnes interrogées
estiment que M. Martin fera un bon premier ministre, toujours selon ce même
sondage.
Les Québécois sont du même avis: 52% d'entre eux croient que M.
Martin sera le prochain chef du Parti libéral et 58% estiment qu'il fera un bon
premier ministre.
Les autres aspirants à la succession de M. Chrétien
n'ont, aux yeux des Canadiens, pratiquement aucune chance de coiffer M. Martin
au fil d'arrivée. Le ministre des Finances, John Manley, semble être le plus
sérieux des adversaires, mais seulement 5% des personnes interrogées croient
qu'il deviendra le prochain chef du gouvernement libéral.
L'ancien
ministre de l'Industrie, Brian Tobin (3%), la ministre du Patrimoine, Sheila
Copps (2%), le ministre de l'Industrie, Allan Rock (2%) et l'ancien premier
ministre du Nouveau-Brunswick, Frank McKenna (2%) sont également loin derrière
M. Martin.
«Paul Martin jouit d'une opinion très favorable chez les
Canadiens et rien n'indique que l'agitation des derniers mois visant à destituer
le premier ministre a eu des conséquences quant à sa popularité.
(...)
Il est difficile d'imaginer que la course qui commence sera autre chose qu'un
couronnement», a indiqué Frank Graves, le président de la firme Ekos.
La
popularité de M. Martin est telle qu'il pourrait convertir à la cause du Parti
libéral les électeurs qui appuient habituellement l'Alliance canadienne, le
Parti conservateur ainsi que le Bloc québécois, selon M. Graves, qui ne croit
pas que l'âge -M. Martin aura 64 ans jeudi- est un facteur qui inquiète les
électeurs.
À l'heure actuelle, le seul problème que devra résoudre Paul
Martin sera de réconcilier les attentes élevées et souvent contradictoires
qu'ont les Canadiens à son endroit.
En tant que prochain premier
ministre, les Canadiens s'attendent à ce que Paul Martin réduise davantage les
impôts tout en déliant les cordons de la bourse pour financer les programmes
sociaux.
Ils croient aussi que M. Martin, qui a été ministre des Finances
pendant neuf ans avant d'être limogé du cabinet par M. Chrétien au début du mois
de juin, adoptera des politiques qui favoriseront la croissance de l'économie
canadienne qui fonctionne déjà à plein régime.
«Il n'y a pas un homme qui
ait été confronté à de telles attentes élevées de la part des gens depuis
Moïse», s'est exclamé M. Graves pour illustrer le défi que devra relever M.
Martin pour satisfaire les espoirs des uns et des autres.
Paradoxalement,
près de 50% des Canadiens croient que les politiques économiques ou sociales que
mettra en oeuvre M. Martin s'il devient premier ministre seront à peu près
pareilles à celles de Jean Chrétien. La seule différence entre les deux hommes à
leurs yeux viendra de la façon de les mettre en oeuvre.
Quelle est la
raison principale pour laquelle Paul Martin désire tant être premier ministre?
Seulement 21% des personnes sondées croient que M. Martin veut mener le pays
dans une toute autre direction que M. Chrétien, tandis que 37% estiment qu'il
veut gérer le pays d'une manière plus efficace.
Environ 31% des Canadiens
sont toutefois convaincus que M. Martin veut être premier ministre pour le
simple fait d'être premier ministre.
«Il n'y a personne qui croit que
Paul Martin a une nouvelle vision audacieuse du pays. On croit simplement qu'il
va mieux gérer le pays et que son tour est venu d'occuper la chaise de premier
ministre», a soumis M. Graves.
Ce sondage Ekos a été réalisé auprès de
1210 personnes et comporte une marge d'erreur de plus ou moins 2,8%, 19 fois sur
20. Au Québec, 307 personnes ont été interrogées et la marge d'erreur s'élève à
5,7%.