
31/05/2002
SONDAGE EKOS
Toujours vivant
Gilles
Toupin
La Presse
Ottawa
Les allégations de corruption et les scandales qui ébranlent en ce moment
les libéraux de Jean Chrétien n'ont pas encore miné sérieusement le terreau
politique dont se nourrit le Parti libéral du Canada. Mais des signes
avant-coureurs semblent indiquer que les choses pourraient changer rapidement si
la tendance se maintenait
Un sondage Ekos réalisé pour le compte de La
Presse, de Radio-Canada et du Toronto Star auprès de 1217 Canadiens,
du 27 au 29 mai, démontre en effet que l'impact des manquements à l'éthique dont
est accusé le gouvernement, de l'affaire de l'Auberge Grand-Mère à la démission
du ministre de la Défense, Art Eggleton, en passant par l'affaire Groupaction et
la fraternisation de certains ministres avec d'importants fournisseurs du
gouvernement, n'est pas aussi dramatique qu'on aurait pu le croire.
Les
libéraux fédéraux continuent de jouir d'une avance confortable dans les
intentions de vote des Canadiens, recueillant 45% de la faveur populaire, soit
quatre points de plus que lors des élections de novembre 2000. «Les questions
d'éthique, conclut le sondage, ne sont pas des préoccupations essentielles du
public et bien qu'elles soient mises en lumière, elles n'ont pas encore produit
de modifications structurelles du paysage politique.»
Le PLC est
peut-être quand même au début d'une chute libre puisque, au cours des cinq
derniers mois, il a perdu neuf points. Selon Frank Graves, de la maison Ekos,
ils perdent actuellement un point par mois et ils en ont perdu au moins quatre
seulement ces deux dernières semaines. «J'attribue cette baisse, a commenté M.
Graves, aux questions d'éthique qui ont été soulevées par les médias.»
Si la situation n'est pas aussi catastrophique qu'elle en a l'air pour
la troupe de Jean Chrétien, c'est que le sondage indique que les autres partis,
sauf le NPD, n'ont guère profité de cette érosion des votes libéraux. «Il
semble, affirme M. Graves, que personne en ce moment ne semble en mesure
d'exploiter les avantages politiques qui se présentent à eux en raison de ces
scandales.» Ainsi, l'Alliance canadienne, l'opposition officielle, a gagné huit
points (de 9 à 17%), mais elle est encore bien en deçà de son résultat électoral
de 2000 (25,5%). Le Parti conservateur, lui, a perdu cinq points (de 19 à 14),
alors que le NPD a remonté de quatre points (12,6%).
Même au niveau des
provinces, les libéraux conservent leur emprise avec des majorités relatives ou
absolues dans toutes les régions, sauf en Alberta, où l'Alliance canadienne les
devance de 12 points (42% contre 30%). Au Québec, la troupe du premier ministre
canadien recevrait 46% des voix contre 36% pour le Bloc québécois.
«Il
faut conclure, affirme Frank Graves, que pour les Canadiens les choses ne
semblent pas avoir beaucoup changé. Et même lorsqu'on a demandé au public de
comparer ce qui se passe en ce moment avec ce qui se passait à l'époque de
Mulroney sur le plan de l'éthique, les gens semblent croire à deux contre un que
les choses sont un peu meilleures maintenant que lors du règne de Mulroney.
Alors, si M. Mulroney pense que le régime actuel est sordide, l'opinion
publique, elle, ne semble pas partager cet avis.» Selon le sondage, 50% des
Canadiens croient que les normes éthiques du gouvernement Chrétien sont
similaires à celles du gouvernement Mulroney, 29% pensent qu'elles sont
meilleures alors que seulement 15% pensent qu'elles sont pires.
Dans
l'ensemble, il n'y a pas de changement marquant dans la confiance que font les
Canadiens au gouvernement. Par exemple, 43% des Canadiens pensent que le fédéral
est au moins un peu corrompu et 26% pensent qu'il est honnête. Quant aux
récentes mesures sur l'éthique prises par Jean Chrétien pour accroître la
transparence de son gouvernement, le peu de Canadiens qui en ont entendu parler
(32%) approuvent à 50% ces initiatives. Quant au renvoi de l'ex-ministre Art
Eggleton pour avoir donné un contrat de 36 000 $ à son ex-amie de
coeur, 60% des personnes interrogées approuvent le geste du premier ministre.
Les Canadiens ne sont pas non plus contre le programme de commandites
mis sur pied par le gouvernement Chrétien au Québec, après le référendum de
1995, pour augmenter la visibilité d'Ottawa dans la province, même si c'est ce
programme qui est à l'origine des problèmes d'éthique actuels du gouvernement
fédéral. Dans le reste du Canada, 50% des personnes interrogées approuvent ces
programmes contre 28% qui les désapprouvent. Le scepticisme face à ces
programmes est plus grand au Québec, où seulement 35% acquiescent contre 43% qui
pensent que c'est une mauvaise idée.
Enfin, les Canadiens ne se sentent
à l'aise avec aucun des partis politiques fédéraux en ce qui concerne
l'éradication de la corruption. Ce sont quand même les libéraux qui reçoivent la
préférence pour faire ce travail puisque 26% des personnes interrogées pensent
qu'ils sont les mieux à même de régler cette question, contre 11% pour
l'Alliance et 10% pour les conservateurs et le NPD. Quoique inquiétants,
soutient la maison Ekos, ces résultats ne sont pas désastreux pour les libéraux,
même si la vigilance s'impose pour la troupe de Jean Chrétien.